Interview Afro
De la musique au théâtre Afro est un artiste à part entière. Il nous livre une top interview de ses expériences en studio et de son vécu scénique.
Cet artiste signe une exclusivité et partage sa passion pour l'écriture "je cherche la polyvalence du texte: mon challenge est de rendre chaque texte adaptable à tous les styles que je fusionne". Il rappe, slame, chante, toaste, improvise sur riddims, sur des beats Hip Hop, Electro-Rock, A capella, sur percussions, Boeuf, Jazz, Afrobeat, Soul, Beatbox :
tant qu'on kiffe le son, on pose dessus..!
Alors, alors ?
TOP INSTRU: Quelles sont tes influences et comment est né l’artiste Afro?
AFRO: Je suis né en France mais j’ai grandi en Afrique de l’Ouest. Je suis revenu en France lorsque j’ai eu mon bac pour faire des études supérieures. Durant les 18 premières années de ma vie j’ai été entre l’Afrique et l’Occident, donc c'est peut-être là qu'est née une sensation de vide que j’avais envie de combler et à partir de là j’ai fait de la musique en pensant que ça pourrait combler ce vide. Ça c’est la cause première qui peut expliquer pourquoi je fais de la musique.
Ensuite l’ordre dans lequel mes influences se sont compilées suit un peu mon périple, à savoir j’ai commencé au collège par faire du rap, et lorsque je suis revenu en France j’ai passé un moment dans le Sud de la France ou j’y ai connu les sounds systems, le reggae, la dance-hall, et la culture du Clash. Le chant m’est venu sur le tard. Au final c’est un mélange que je fais entre le côté reggae, le côté hip-hop rap, et le côté slam qui s’est amplifié lorsque je suis arrivé sur la ville de Paris aux alentours de 2005.
TOP INSTRU: Que penses-tu de l’évolution de la musique, que ce soit le rap, le slam, la soul, ou le R’N’B ?
AFRO: Les styles musicaux ont évolué, on le sait c’est comme pour tout. Au jour d’aujourd’hui si ces styles n’arrivent pas à se redécouvrir via des mélanges avec d’autres styles musicaux, si on arrive pas à transcender tout ça en essayant de refaire vivre et de faire revivre les différentes cultures, si ces styles ne vont pas se rencontrer les uns les autres, on perd en qualité, on perd en esthétique. Donc pour moi leur seul avenir possible c’est en allant à la rencontre des autres genres et des autres cultures.
TOP INSTRU: Un mélange multiculturel ?
AFRO: C’est ça… essayer différentes directions. Mais faire du rap ghetto comme si on était à Compton avec NWA c’est plus possible, faire du rock comme si les Rolling stones ou les Beatles n’avaient pas existés c’est pas possible, faire de la soul ou du jazz en oubliant ce qui a déjà été fait ce n’est pas possible. Rien ne se créé, rien ne se perd, tout se transforme. Donc c’est juste en mélangeant les éléments qu’on peut arriver à une combinaison. Les éléments sont toujours les mêmes, c’est juste la formule, la combinaison qui va changer.
TOP INSTRU: Par rapport à l’écriture, à tes aspirations et ton inspiration, comment te mets-tu en condition ? Fais-tu référence à des livres, à des mises en situation ?
AFRO: Selon moi, se mettre en condition revient à rassembler la matière. Pour écrire il te faut de la matière. Donc au départ on fait travailler notre imagination et ce qui se passe souvent c’est qu’un certain nombre de personnes reste bloqué sur ça. Notre vécu est réelle et dans notre musique on rajoute souvent cette part qui n’existe pas dans nos vies quotidiennes : le côté « mes attentes, mes aspirations, ce que j’ai vécu dans le passé, ce que j’espère, ce que je ne veux pas, ce que je souhaite… » - donc une grosse part d’imaginaire. et au fur et à mesure du temps on finit par se dire "mais en fait j’ai pas besoin de mettre de l’imaginaire tout est déjà là, il me suffit juste maintenant de me concentrer, de prendre un petit élément de moi, de le développer et ça devient une chanson".
Au départ quand on fait des chansons c’est pour rattraper ce qu’on a pas, combler un vide, et en fait au final on se rend compte qu’on est déjà plein et qu’il faut juste générer un nouvel espace de débat. Je pense à la base que j’ai un vide que j’essaie de combler en faisant des morceaux et je me rend compte que je suis un mur plein et que le plus intéressant pour moi c’est plus de poser la réflexion, faire un morceau qui va ouvrir une nouvelle piste.
Par rapport à tout ça je dirais que ton esprit, ton propre cerveau, ton travail d’imagination peut faire 99% du taf mais arrivé un moment tu vas être limité donc il faut que tu réapprovisionnes la machine. Tu la réapprovisionnes comment ? Tu fertilises son esprit comment ? Tu lis, tu regardes les bouquins, tu te documentes, tu discutes avec les gens, et pour peu que tu sois curieux tu auras toujours une source d’inspiration.
Je ne saurais conseiller à quelqu’un un livre en particulier parce qu’à mon sens, la lecture c’est encore plus personnel qu’écouter de la musique. C’est très dur d’être séduit par l’écriture de quelqu’un. Retiens juste que le simple fait de lire travaille l’inspiration, l’imagination. Même inconsciemment, chaque page enrichie et la discussion aussi.
Le simple fait d’essayer de comprendre des avis que l’on ne partage pas, de se poser des questions, de se dire « je ne suis pas d’accord mais j’aimerais comprendre comment est-ce qu’il fait pour en arriver là », « comment est-ce qu’il fait pour penser ça ? », « comment fait-il pour assembler les éléments d’une certaine façon ? » nous met en condition. On est tous des scientifiques en herbe qui cherchent la bonne formule, la bonne équation.
TOP INSTRU: Prends-tu en compte les avis extérieurs?
AFRO: C’est bien de prendre des avis et une excellente démarche. Je fais parti des gens qui pensent qu’il y a un fond de vérité dans chaque avis. Tout avis est bon à prendre, et en particulier l’avis de ceux avec qui tu fais ta musique (d’ailleurs, c’est généralement celui qui compte le plus). Il est souhaitable d’avoir également le retour des personnes qui t’ont connu indépendamment de la musique, disons « la famille » pour faire court.
Cependant, tu auras beau prendre tous les avis que tu peux, ce sera toujours à toi de dealer avec, c'est-à-dire donner à chaque avis la valeur que tu lui accordes : certains vont te donner leur opinion pour t’aider, d’autres pour te blesser, te casser, c’est à toi de savoir où est-ce que tu vas ranger toutes ces informations. Ta tête est un tiroir, chaque avis que l’on te donne est un élément à placer. Il est primordial de décrypter l’information dont tu as besoin - dans les faits celle qui va être utile et t’aider à avancer.
TOP INSTRU: Concernant ton phrasé, tes mélodies, ton flow, as-tu recours à des techniques et astuces pour te mettre en condition avant un show ?
AFRO: Je n’ai pas de technique à proprement parler. Pour une personne qui chante, plus que pour une personne qui fait du rap, il est impératif d’avoir une voix éveillée, si tu dois faire une aiguë, une grave, il faut que tu t’échauffes la voix, communément les choristes et les chanteurs appellent ça faire des vocalises je crois... mais il n’y a pas de règle universelle. Que tu t’apprêtes à monter sur scène dans les secondes qui viennent, que tu soit en studio ou chez toi, le principal c’est d’essayer.
Tu rappes, tu aimes free-styler et bien parle même si tu es tout seul, parle, cherche des rimes, tu aimes chanter tu aimes faire des trucs différents essaye essaye , tu testes des sons, il suffit juste de se dire que t’es une caisse de résonance et qu’à travers passent des sons. Essaye tout et n’importe quoi, les idées les plus folles, faut pas avoir peur du ridicule, pour te transcender il ne faut pas avoir peur que ça sonne faux, il faut essayer.
Ce qui est bête, ce n’est pas de faire des erreurs, mais ce qui est con c’est de faire deux fois la même erreur. Il faut faire des erreurs pour pouvoir faire évoluer ton style. Une fois que c’est fait, tu débroussailles la forêt, tu fais différents essais, et tu te rends compte que tu a des types de flow, des types d’écriture, des types de rime qui te reviennent plus souvent que d’autres. A partir de ce moment là, concentre-toi sur ces points que tu as découverts pour les développer.
Arrivé à ce stade, ça peut être bien d’avoir autour de toi des yeux attentifs qui te permettront de mettre le doigt sur tes points forts. Développe ces points forts avant de vouloir faire disparaître tes points faibles, quand tu auras développé tes points forts, tes points faibles disparaitront d’eux même.
TOP INSTRU: Tu t'es déjà pris une claque lors d'une scène ou un open mic ?
AFRO: OOuais la semaine dernière j’ai pris une grosse claque !! J’ai préparé avec mon groupe (Family@Home) un son pour mon album prévu à la rentrée, on a fait une instru, on a passé trois jours à poser sur l’instru. On s’était dit no stress on a bien répété deux nuits blanches, en essayant de gérer le temps pour préparer ce son.
Donc on part à l’open mic, on pose sur notre son. On devait faire des passe-passe, la structure était compliquée, c’était un son rap mais avec des sonorités blues, refrains chantés en anglais, des vocalises, on est trois, on a été gourmand car on a fait un truc assez costaud.
Ce qui ne passait pas c’est qu’on était trop bloqué sur le côté professionnel, il fallait que ça sonne comme si... ou plutôt comme ça !! On mettait le plaisir de côté sans s’en rendre compte... A un moment, vers la fin du morceau, il y en a un qui oublie son couplet. Une nana du public lève la main et a demandé le micro…
TOP INSTRU: Vous avez pu établir une connexion alors ?
AFRO: On se connaissait déjà mais je ne savais pas qu’elle rappait en fait. C’est une amie, gros carreaux sur le nez et tout, qui paye pas de mine… Comme quoi l’habit ne fait pas le MC!
TOP INSTRU: C’est pas évident à prendre sur soi ?
AFRO: En fait ça donne des leçons d’humilité, tu penses que tu gères ton son. Quand tu as des projets, tu veux que tout soit carré, parfait, et c’est vrai que dans ce côté-là on a tendance à oublier le plaisir. C’était un petit rappel pour nous dire allez-y cool. JAY-Z quand il fait du son il prend du plaisir, s’il était stressé il ferait pas le son que l’on connait.
TOP INSTRU: Qu’est-ce que le dépassement de soi pour toi ?
AFRO: Il se produit lorsqu’on arrive à un niveau auquel on ne s’attendait pas. Par exemple, tu rappes, t’aimes bien freestyler. D’un coup tu démarres un freestyle de ouf et tu ne peux plus t’arrêter. Une heure passe et tu te dis houa!
Par rapport à l’art que tu développes, tu as un problème précis, alors tu te dis "voici mon objectif du jour". Exemple : Tu chantes à une hauteur de note qui t’est nouvelle, et tout a coup tu te rends compte que tu arrives à chanter tellement haut que tu te dis : « mais ouais ! J’pourrais aller beaucoup plus loin dans mes compos ».
Le dépassement de soi se réalise dans l’étonnement mutuel, mais c’est encore plus que ça : quand l’étonnement ne survit que dans tes yeux, c’est que tu t’es blagué tout seul; tu crois avoir fait un truc de ouf mais t’as tripé, t’as rien fait du tout, c'est dans ta tête ! Mais quand ton public te renvoie ce reflet, que tu sens dans ton corps l’étonnement, l’excitation… là, ouais … il y a un réel dépassement parce que personne n’a prévu que ça allait se passer comme ça, ni toi, ni le public. Dieu seul savait.
Pour finir, les rares fois où l’on arrive à se dépasser, on a l’impression qu’en un coup on gagne un an d’expérience. Mais le dépassement de soi, quand on y réfléchit bien, n’arrive pas par hasard. C’est une somme de toutes ces petites expériences que tu ne calcules pas, et qui un beau jour finissent par se rassembler, et bam!!... Voila l’impact.
TOP INSTRU: Quels conseils apporterais-tu aux artistes qui se découvrent?
AFRO: La scène est un monde et le studio en est un autre. La scène ne se prépare pas comme en enregistrement en studio. Le but du studio c’est de fixer une forme, une chanson. Sur scène tu interprètes tes chansons. Les deux sont importants, l’un ne va pas sans l’autre, les deux s’alimentent, donc travaillez les deux. Ça ne sert à rien de rester dans ta chambre, sinon retarder l’échéance. Vas sur scène prends-toi des claques, ton style va évoluer. En studio on parle d’outils informatiques et donc tu as des possibilités qui n’existent pas sur scène.
La scène, c’est dans le temps présent l’instant de vérité. En studio, tu peux faire des arrangements, être ton propre "backeur" et ton propre choriste. Les deux sont à travailler différemment. Enregistre et vas sur des scènes quelque soit ton style musical.
Et le jour où tu arrives à développer assez de techniques pour te rendre compte de ces différences entre la scène et le studio et voir comment les deux se rejoignent… Les choses vont commencer à devenir intéressantes pour toi.
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